En quoi la concertation, quand elle est sincère et adaptée aux enjeux, est une condition indispensable à la réussite des projets d’infrastructure ? C’est la question au cœur de la table ronde co-organisée par Egis dans ses locaux lyonnais début mars, en partenariat avec le pôle de compétitivité infra2050.
L’événement a réuni trois experts – Tom Nasr (Egis), Séverine Lardellier-Nesme (SNCF Réseau) et Denis Cuvillier (garant de la Commission nationale du débat public) – pour partager retours d’expérience et bonnes pratiques.
La concertation, bien plus qu’une obligation réglementaire
Pour Egis, la concertation n’est ni une case à cocher ni un obstacle, mais un temps d’écoute active et de dialogue avec le territoire. « Elle permet de révéler des enjeux non anticipés et de décloisonner les équipes projets », souligne Tom Nasr, consultant chez Egis. Un exemple marquant : pour un projet d’aménagement cyclable structurant en Savoie, ce sont les échanges avec les riverains qui ont fait émerger une solution technique inédite qu’aucun expert n’avait proposée, aujourd’hui à l’étude.
Structurer la méthode pour gagner en crédibilité
La transition est nette : il y a dix ans, la concertation était souvent subie ; aujourd’hui, elle s’est professionnalisée et s’intègre dès l’amont des projets. « Il faut une méthode claire et des liens durables avec les acteurs locaux », insiste Séverine Lardellier-Nesme (SNCF Réseau).
Chez Egis, cela passe par l’implication de toutes les spécialités (juristes, communicants, concertants, infrastructures, ouvrages d’art, modélisation, environnement…) dès la préparation du dossier de concertation et des supports de communication, jusqu’à la mise en service. La méthode, pour être crédible et efficace, implique la transparence sur les marges de manœuvre réelles du maître d’ouvrage pour faire évoluer son projet.
Favoriser un débat équilibré et inclusif
Ecouter et intégrer tous les points de vue
Face à des projets qui suscitent des débats animés, voire tendus, (routes, éoliennes, extensions industrielles…), les intervenants s’accordent sur deux points :
- Favoriser l’expression d’une pluralité d’arguments : « Les opposants les plus fermes sont souvent les plus audibles et les mieux organisés : leur voix est légitime mais ne doit pas, éclipser celle des autres participants », explique Tom Nasr. L’enjeu est de rechercher une diversité d’expressions pour ne pas résumer la concertation à un débat « pour ou contre » ;
- Élargir les canaux de participation : les formats des rencontres avec le public doivent être variés et adaptés pour susciter la meilleure participation possible. Compléter les traditionnelles réunions publiques par des échanges sur les marchés, en organisant des forums ou via des dispositifs numériques permet de toucher des publics moins mobilisés, dont les préoccupations peuvent différer de celles des opposants les plus actifs.
- Faire et donner confiance : Denis Cuvillier (CNDP) rappelle : « Le garant joue un rôle clé pour désamorcer les tensions et garantir un temps de parole équilibré. »
Le garant : un tiers neutre pour crédibiliser le processus
Denis Cuvillier, garant auprès de la Commission nationale du débat public (CNDP), insiste sur la nécessité de cette figure indépendante : « Le garant n’est ni juge ni arbitre, mais un facilitateur. Son rôle est de veiller à la transparence du processus, à l’équité des temps de parole, et à la traçabilité des échanges. »
Des projets modifiés grâce à la concertation
Denis Cuvillier le rappelle : « près de deux projets sur trois sont modifiés ou abandonnés après un débat public ou une concertation avec garant ».
Les exemples concrets abondent :
- Transport par câble Lyon-Francheville : malgré une communication initiale ratée, la concertation préalable exemplaire (organisée pendant la crise sanitaire) a mis en évidence le souhait du territoire de ne pas accueillir de nouvelle infrastructure de transport. Elle a permis de conclure à l’abandon du projet puis à l’intégration d’une nouvelle commune aux tracés étudiés pour le TEOL ;
- Modernisation de l’aéroport de Beauvais : un cas complexe où la concertation a révélé des attentes sociétales (climat, nuisances) dépassant largement les marges de manœuvre du maître d’ouvrage
- Véloroute de l’Albanais : une concertation ouverte et sincère a mené à l’étude de plusieurs variantes supplémentaires, a permis d’impliquer fortement les habitants d’un hameau concerné par une des options de tracé et a poussé à retenir des aménagements plus conséquents pour sécuriser certains points noirs.
« La concertation ne fait pas de miracle, mais elle crée de la confiance sur le long terme », résume Tom Nasr. Pour Egis, l’enjeu est double : embarquer les élus et les techniciens dans la démarche, et assumer les suites données aux retours du public – même quand elles conduisent à revoir le projet.

