La seule véritable façon d'éliminer le risque est d'évacuer la population de la plaine inondable. Mais quels en seraient les coûts et les implications ?
Bienvenue dans Engineering Matters. Je suis Tim Sheahan, et je suis Alex Conacher. Dans cet épisode, qui fait partie d’une mini-série produite en partenariat avec Egis, ous explorerons comment les solutions d'ingénierie peuvent être utilisées pour protéger les communautés contre les effets des inondations.
Les inondations peuvent mettre des vies en danger et causer des dégâts considérables aux habitations, aux entreprises et aux infrastructures essentielles.
Lorsqu'ils évaluent le risque d'inondation d'une ville, les ingénieurs doivent soigneusement mettre en balance ces éléments et les coûts financiers et logistiques liés à la mise en œuvre de mesures d'atténuation.
Les inondations ne se propagent pas de manière homogène sur les territoires. Les risques relatifs pour différentes zones doivent être estimés et intégrés à un plan de réponse global au cas où l’impensable se produirait.
À Lismore, Mark et son équipe ont dû improviser alors que les menaces qu’ils évaluaient se sont effectivement produites.
MP : Le dimanche 27 février, la hauteur de crue était initialement prévue pour culminer à 10,6 mètres.
MP : Ainsi, les prévisions ont considérablement changé en fin d’après-midi et en soirée, et le niveau d’inondation prévu a ensuite été estimé à 11,5 ; des évacuations ont été ordonnées pour les habitants de Lismore situés dans la plaine inondable. L’événement a finalement culminé à 14,4 le lundi vers 14 heures. Et sur ces 24 heures, de 14 heures dimanche à 14 heures lundi, la montée des eaux a été d’environ huit mètres. Cela montre bien l’énorme volume d’eau qui a traversé Lismore, soit presque trois fois le volume d’eau du port de Sydney.
Lismore a prospéré au XIXe siècle en tant que port fluvial, transportant du bois et des produits agricoles de l’arrière-pays. Aujourd’hui, c’est une ville d’environ 50 000 habitants.
MP : Nous avons été initialement engagés en 2019 pour préparer une étude sur les inondations et une étude de gestion du risque d’inondation. L’étude comprend le développement d’un modèle de crue définissant le comportement des inondations pour différents types d’événements, afin d’éclairer ensuite l’étude de gestion du risque.
MP : Oui, donc une ville comme Lismore, et cela s’applique à de nombreuses villes exposées au risque d’inondation, nécessite une combinaison d’options. Dans le secteur de la gestion du risque d’inondation, nous les classons en : mesures de modification des propriétés, mesures de modification du comportement des crues (solutions d’ingénierie), et mesures de modification de la réponse, qui relèvent généralement de la gestion des urgences.
MP : L’étude sur les inondations et l’étude de gestion du risque étaient la première étape, et nous étions en fait en cours d’étude lorsque cet événement s’est produit.
Les inondations comme celles qui ont frappé Lismore sont les plus difficiles à anticiper.
MP : Les crues soudaines sont très difficiles à gérer car on n’a pas forcément le temps d’alerte, même s’il existe des dispositifs de prévision et de réponse.
Cela inclut la prévision des crues, l’alerte, la planification des évacuations. Il s’agit de savoir combien de temps on a pour évacuer selon les événements, ainsi que la gestion des secours et la récupération après l’inondation.Et une fois que l’inondation est terminée, que les eaux se sont retirées, comment se rétablit-on ?
MP : Cela alimente ensuite le plan de gestion du risque d’inondation, qui constitue la recommandation basée sur toutes les évaluations réalisées. Cela inclut également une stratégie de mise en œuvre, notamment en ce qui concerne les financements nécessaires.
Lorsque les inondations de 2022 ont frappé, l’évaluation des risques a également commencé.
L’agence scientifique financée par le gouvernement, le CSIRO, a finalement pris la tête et mis en œuvre une analyse plus large de la plaine inondable, tandis qu’Engeny s’est concentrée sur la résolution des problèmes de gestion locale.
MP : L’objectif est passé de l’identification de mesures de protection contre des crues centennales à la possibilité d’examiner des événements plus importants afin d’assurer une meilleure protection ou réduction des risques.
MP : Nous nous sommes alors concentrés sur les changements immédiats à apporter, ce qui comprenait la définition de zones de risque d’inondation dans la ville. Le plan d’urbanisme a été modifié afin d’intégrer des contrôles de développement basés sur le risque d’inondation, allant au-delà des crues centennales. Il s’agissait vraiment de contrôler le développement dans la ville. Nous avons également contribué de manière significative à l’identification des propriétés éligibles à la surélévation, au déplacement ou à la rénovation, afin de mieux protéger les propriétés les plus vulnérables de la plaine inondable.
Le CSIRO travaille actuellement sur des options de mitigation. Une fois ce travail terminé, nous l’examinerons avec la mairie pour identifier les liens spécifiques avec Lismore, et nous aviserons ensuite. Il est probable qu’il y aura une mise à jour du plan de gestion du risque d’inondation une fois les résultats du CSIRO connus.
Identifier des solutions fait partie intégrante de l’évaluation du risque d’inondation, mais toutes ont un coût.
MP : Malheureusement, pour Lismore et de nombreuses autres villes, il n’existe pas de solution miracle ou unique. Il faut souvent une combinaison de mesures, et l’implication des parties prenantes, y compris la communauté, est une étape importante du processus.
MP : Vous constaterez que de nombreux plans de gestion du risque d’inondation, comme celui que nous avons développé, proposent des recommandations pour des mesures structurelles ou des solutions d’ingénierie, mais elles ne sont jamais mises en œuvre car elles ne sont pas abordables ou rentables. Ce qui est rentable et peut être mis en œuvre presque immédiatement, ce sont les mesures d’urbanisme, comme la définition de zones où le développement est interdit ou contrôlé, la fixation des niveaux de référence pour les inondations, la surélévation ou le déplacement des habitations, etc. Ces mesures peuvent parfois être plus abordables que les grandes mesures structurelles de mitigation, comme à Lismore.
MP : Si vous avez 10 propriétés touchées lors d’une crue décennale, cela peut être plus significatif que 20 ou 30 propriétés lors d’une crue centennale, en raison de la fréquence de l’événement.
MP : C’est un bon exemple : il y a eu une crue environ cinquentennale en février, suivie d’une crue décennale à vingtennale un mois plus tard.
Il faut donc sortir de cette logique, car toute inondation peut survenir à tout moment.
Engeny a obtenu une victoire locale en permettant de revenir sur la réticence des assureurs à indemniser certains assurés.
MP : Beaucoup d’assurés à Lismore n’étaient pas couverts pour les inondations (liées aux rivières et ruisseaux), mais étaient couverts pour les eaux pluviales.
MP : Nous avons donc simulé les précipitations de février 2022. Nous avons intégré ces précipitations dans le modèle, exécuté le modèle et analysé les niveaux d’inondation dus aux eaux pluviales. Sur cette base, nous avons estimé la profondeur dans les propriétés pour lesquelles nous avons mené des évaluations. Ces informations ont ensuite permis l’évaluation des demandes d’indemnisation, où, dans de nombreux cas, l’inondation par eaux pluviales a été identifiée comme la cause initiale. Cela a permis à de nombreux assurés d’être indemnisés. Pour nous, c’était un résultat significatif, d’avoir pu aider, ne serait-ce qu’un peu, une communauté dévastée, à se relever.
Mark explique que l’expérience de Lismore montre la nécessité de repenser la planification du risque d’inondation et de réévaluer la faisabilité de construire sur les plaines inondables.
MP : Typiquement, la crue centennale a toujours été utilisée comme référence pour la protection à atteindre. Cet événement montre que c’est une limite.
MP : Les inondations peuvent être très dynamiques et les précipitations peuvent varier d’heure en heure. Cela s’est vu dans les prévisions et les alertes, qui sont passées d’une absence de risque de débordement à un débordement important.
MP : Je pense qu’il faut vraiment mettre davantage l’accent sur cela.
MP : Je pense qu’il faut se poser des questions difficiles. Et l’exemple de Lismore souligne qu’il existe des communautés à risque qui doivent vraiment réfléchir aux implications d’être situées dans une plaine inondable. Et si elles acceptent ce risque, alors il faut voir ce qu’elles peuvent faire pour au moins réduire ce risque autant que possible.