Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) représentent aujourd’hui un enjeu majeur pour les aéroports à l’échelle mondiale. Leur présence généralisée dans tous les milieux et écosystèmes, combinée à leur forte persistance constitue un risque sanitaire et écologique avéré. Elles ont été largement utilisées dans les mousses anti-incendie pendant plusieurs décennies1, laissant un héritage de contamination dans les sols et les eaux. Bien que les aéroports aient fortement réduit ou supprimé leur usage, la gestion des pollutions liées aux PFAS reste un défi, notamment dans les zones d’entraînement incendie. Le phytomanagement pourrait-il offrir une solution durable et compatible avec les activités opérationnelles ?
PFAS : un défi persistant
Les PFAS sont des composés très stables, dotés d’une forte résistance chimique et thermique, ce qui les rend extrêmement difficiles à éliminer. Plusieurs milliers de variantes existent, toutes partageant ces caractéristiques, ce qui pose un défi scientifique et technique considérable. Les solutions actuelles pour la dépollution des sols sont limitées, souvent coûteuses et reposent généralement sur des traitements chimiques ou thermiques ex situ. Les approches biologiques, encore peu explorées, pourraient offrir des alternatives innovantes.
Le phytomanagement : une approche prometteuse
Le phytomanagement, déjà éprouvé pour d’autres pollutions organiques, propose une solution durable in situ. Certaines plantes ont démontré leur capacité à bioaccumuler les PFAS, ouvrant la voie à des stratégies de phytoextraction. Contrairement aux méthodes conventionnelles, le phytomanagement ne nécessite pas d’excavation des sols et peut coexister avec les activités aéroportuaires. Il s’agit d’une approche économique, esthétique et respectueuse de l’environnement, qui favorise la biodiversité et soutient les économies locales et circulaires.
Des travaux de recherche en cours
En 2025, une thèse a été lancée pour évaluer le potentiel de la phytoextraction dans l’élimination des PFAS présents dans les sols. Ce projet, cofinancé par la MITI², l’ANRT³ et le groupe Egis, en collaboration avec les laboratoires LIEC⁴ et EPOC⁵ ainsi que les Universités de Lorraine et de Bordeaux, s’appuie sur des expérimentations en laboratoire et sur site. Il s’inscrit dans le cadre du plan d’action interministériel sur les PFAS, initié en janvier 2023 (et actualisé en avril 2024), qui encourage la surveillance des impacts des PFAS, notamment au niveau des aéroports.
Un intérêt stratégique pour les aéroports
Pour les exploitants aéroportuaires, le phytomanagement présente un avantage unique : sa compatibilité avec le maintien des opérations. Il évite les excavations coûteuses et destructrices, améliore la biodiversité et contribue aux objectifs de développement durable. Alors que la pression réglementaire s’accroît et que l’interdiction des PFAS se généralise, des solutions innovantes comme le phytomanagement joueront un rôle clé dans la protection des environnements aéroportuaires.
Références :
¹ La production de mousses anti-incendie contenant des PFAS est interdite depuis fin 2020. Leur utilisation est aujourd’hui fortement restreinte et sera totalement interdite fin 2025. (État des lieux des substances poly et perfluorées associées à l'utilisation des mousses anti-incendie, BRGM, 2024)
² Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI)
³ Association nationale recherche et technologie (ANRT)
⁴ Laboratoire Interdisciplinaire des Environnements Continentaux (LIEC)
⁵ Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux (EPOC)
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Note : cet article a été initialement publié dans la revue Aéroport le mag
